Edito

Un Sub Yu venu du froid
Voici un Sub Yu bien de saison, venu du froid. Fanny Lasserre rentre de Laponie et votre serviteur, moins courageux, revient des Alpes tyroliennes, où le thermomètre descendit tout de même jusqu'à moins 25 degrés. Malgré la paralysie de nos neurones, nous avons pu ramener l'un et l'autre quelques notes sur ces séjours.
Depuis quelque temps, la météo fait la distinction entre froid réel et froid ressenti. Rien n'est plus vrai. La sensation de froid est bien plus forte dans un Paris à moins huit degrés humides que dans un froid sec de moins 25 degrés sans un souffle de vent. L'air est plus fin. A vrai dire, isolé dans un village de montagne figé par le froid intense, marchant doucement entre des congères de trois mètres de haut, c'est dans une pureté de cristal que l'on avance doucement. L'espace est lumière et le temps s'écoule à peine. Le temps nous installe dans sa marge.
Alors, quelle importance que la voiture venue vous chercher à votre descente de train, au cœur de cette vallée, de ce hameau, devant la gare minuscule et vide et improbable, sous l'éblouissement des monts, tarde à venir, empêchée... Vous attendez, dans ce lieu de blanc vêtu, et vous vous surprenez à rendre grâce aux choses. Par exemple à vos chaussures fourrées qui vous protègent. A vos gants. Le quotidien de l'instant devient sans prix. Vous comprenez que l'uniformité hivernale immaculée est l'autre nom de l'attention, de l'égard réciproque entre vous et le monde.
Quelque chose veille... mais quoi ? Ce qui veille, beau paradoxe, c'est le repos de la nature. Cela se déploie. La pensée des choses en tant qu'elles pensent en nous, enfin... Hölderlin disait de l'hiver : « ... le silence est aux champs ce qu'à l'homme est l'esprit, les nuances se renforcent au point que nature s'étend comme une eau-forte, au lieu des douceurs du printemps. »
Jean-Pierre Maurel
Rédacteur en chef adjoint