
| Li-ling Lin, un corps à corps culturel |  | | [B] Xavier Wei, au corps, en corps et encore |  | | L'atelier de Li-ling Lin, rue de l'Hirondelle, à l'angle de la rue Gît-le-Cœur, porte déjà en son sein, au rez-de-chaussée d'un hôtel que François 1er a estampillé de sa salamandre en l'honneur de sa maîtresse Anne de Pisseleu, les prémices de l'œuvre cachée et intime d'une artiste peintre discrète. Est-ce l'endroit historique qui l'abrite ? Est-ce le hasard qui fait si bien les choses ? Les toiles de Li-ling Lin font écho, au premier regard, au Maniérisme comme à certains portraits de Léonard de Vinci, influences qu'elle revendique et qui aujourd'hui se mélangent subtilement à sa culture asiatique.
Même si pousser la porte des « Ecuries » est en soi une affaire qui nous propulse quelques centaines d'années en arrière, Li-ling Lin est une artiste contemporaine humble qui sourit et travaille. « Je suis une toute petite artiste » dit elle en riant.
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| L'histoire de Li-Ling ressemble au commencement des contes populaires de toutes les cultures. Venue d'un petit village de Taïwan, fille de paysans, elle aimait peindre et dessiner lorsqu'elle était petite. C'est après le bac que Li-ling Lin entre aux Beaux-Arts et rencontre Xavier Wei. Le travail scolaire ne lui avait jusqu'alors pas permis de profiter de beaucoup de loisirs. Mais sa rencontre avec un professeur ayant étudié en France, à la fois peintre et écrivain, lui ouvre une fenêtre sur le monde. Monde dont elle décidera que la France sera son représentant en rejoignant une amie déjà installée. Li-ling Lin est ainsi prise aux Beaux-Arts de Nice, à la Villa Arson, mais ne se retrouve pas dans la méthode conceptuelle du travail qui lui est enseignée ni dans la nonchalance des élèves. Elle s'installe alors à Paris où elle réside depuis presque 15 ans. |  | Durant ses études, Li-ling travaille essentiellement sur des installations. Déjà elle explorait le corps ou plus exactement l'enveloppe corporelle. Le vêtement figé, durci par un mélange de plâtre et d'eau, suspendu dans l'espace gardait l'empreinte d'un corps absent. Quelques photos aussi, des plans séquences multipliés par six qui racontaient une histoire, le déroulé au ralenti d'un homme seul et nu...
Si Li-ling a aussi développé des histoires en peintures avec de petites séries, elle décide néanmoins de pas poursuivre dans cette voie pour continuer à travailler le corps et la peinture comme seuls objets d'étude. Corps à corps dont les influences picturales de la Renaissance apportent la lumière et les postures. |  | C'est à Florence, à la Galerie des Offices que Li-ling Lin tombe en pamoison devant l'œuvre de Lucas Cranach. Timidement, elle s'essaie au traitement du corps nu. Elle en peint chaque partie sur de tout petits formats. Capable et déjà touchée par la grâce d'un trait infiniment délicat, elle prend à bras-le-corps de grandes toiles presque grandeur nature. Les fonds unicolores sont l'écrin qui rehausse le teint ocre pâle de ces très jeunes hommes et femmes dont la nudité imberbe et la finesse des traits ne sont pas sans rappeler certains tableaux comme l' « Allégorie de la Justice» de Lucas Cranach (1537), qui éveille le même trouble sensuel et mystérieux. |  | A ceci près que Li-ling Lin, depuis deux décennies exilée de sa terre, se met à réfléchir sur son identité, et puise dans sa culture quelques codes marquants afin de se réconcilier avec cette partie d'elle-même qu'elle avait délaissée. Les yeux s'allongent, les tatouages parent épaules et flancs, et les doigts comme ceux de Bouddha se joignent. Un mélange qu'elle opère avec sensualité, la magie de deux cultures qui se croisent, se rassemblent et nous parlent d'une intimité juste et belle.
S comme sensualité, sexualité, corps pensifs que Li-ling Lin explore infiniment, ajoutant chaque fois un peu plus d'elle-même au cœur d'un Occident qui sombre et dont elle admire les contemporains comme Lucian Freud qu'elle déclare « son héros ». |  | « Il faut peindre !». Je referme la porte des « Ecuries », laissant derrière moi, la rue de l'Hirondelle et la salamandre sculptée dans la pierre, l'Histoire et la Culture de deux pays opposés sont ici réunies dans le secret d'un chuchotement. | | | [B] Xavier Wei, au corps, en corps et encore | | Reportage Fanny LASSERRE |
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