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Par Philippe Renaud le 01/02/2012 | Réagir | Envoyer | Imprimer
Papiers Collés 
Quand ils sont fatigués, les objets montent souvent au grenier pour se reposer. Dans la moiteur des soupentes, ils s'abandonnent au sommeil réparateur, bercés par l'espérance d'une vie nouvelle. Souvent, également, les enfants aiment se dérober aux bruits des autres en cachant leurs rêveries sous ces mêmes soupentes. Entre ces grands abandonnés, naufragés perdus sur la mer de tranquillité, une complicité se crée tout en douceurs d'avenirs meilleurs, tout en caresses de mémoires sucrées, tout en espoirs de révolutions tranquilles. Parfois ces engourdissements partagés entre objets et enfants n'ont rien de rassurant et mènent à la catastrophe: les uns se dérobent aux autres qui aiment à les faire souffrir et une guerre feutrée déroule victoires et défaites.

Dans une maison de famille devenue au fil du temps maison de vacances, le peintre passe les étés depuis sa plus tendre enfance. Autrefois il aimait visiter le grenier et s'y réfugier, intrigué et inspiré par les restes de vies passées qu'on y avait rangés. Maintenant, comme une nostalgie gourmande, il lui arrive souvent de monter là-haut se plonger dans ces souvenirs fanés. Il y trouve de beaux restes des splendeurs passées. L'envie de faire revivre ces traces anciennes lui inspire des histoires où ces reliques font des rencontres inattendues. Une tendresse mélancolique vient tout juste adoucir son regard pointu, voire ironique. Son art d'accommoder les restes est le fruit d'une expérience ancienne nourrie d'une culture éclectique et curieuse de toutes les marges. D'une poupée blessée, il a toujours su faire un ex-voto divin, d'une plume ramassée dans la rue, il habille un dormeur frileux, chez lui les traces noir de fumée sont des nuages fatigués...

Quand il découvre un album de papiers peints oublié par l'artisan qui avait dû rafraîchir les murs de la maison après un petit incendie, il se laisse délicieusement séduire par la fraîcheur de ces couleurs au pochoir. Les années vingt n'avaient pas leur pareil pour déguiser les chambres en paradis tropicaux et les salles à manger en tablier de cuisine géant et rayé, pour enguirlander les salons et transformer les serres en volières insensées. Il ne lui restait plus qu'à détourner ces fonds hauts, en harmonie, pour y inscrire ses petits jardiniers, ses fausses jumelles délurées, ses bébés pas sages et les laisser jouer dans ces nouvelles salles de jeux comme des enfants qui s'ennuient un jour de pluie en plein été.

C'était à Seignelay en 2010.
 
Pour que l'on ne les reconnaisse pas, les jumeaux avancent masqués. Comme des voleurs qui profitent des bals costumés pour faire des bêtises, ils se mêlent aux invités comme si de rien n'était, fondus dans les murs tapissés, caméléons prêts à tout pour s'amuser.









Né dans un chou, haut comme trois pommes, Fiacre est maintenant le jardinier d'une grosse légume qu'il soigne aux petits oignons. Mûr, il se nourrit des fruits du hasard et garde ainsi une peau de pêche. C'est une bonne poire dont tout le monde se fout. Il finira ridé comme une vieille pomme de reinette, mais il s'en moque comme d'une guigne. Il a tout naturellement la main verte, les yeux en amande, mais un petit pois dans la tête. Bête à manger du foin, il ne cesse de raconter des salades pour pimenter la conversation. Comme tout pour lui compte pour des prunes, il n'a pas un radis et frôle souvent la fin des haricots. Côté cœur il est dans le registre des artichauts: il ne sait pas conter fleurette sans rougir, comme une tomate devant sa jardinière qui, entre nous, est une bien belle plante.
Dans sa cuisine, le maître queux fait chou gras et chou blanc selon son humeur vagabonde. D'abord il vide son sac à provisions,un vrai sac à malices. Puis il exerce son art des recettes subtiles et c'est la fin des haricots. Il ne manque pas de pain sur la planche et à tout moment il peut tomber dans les pommes. Quand la moutarde lui monte au nez, il n'a de cesse de la poser sur un lapin. Quand il concocte un coq au vin, le vin reste en carafe. Quand il fait tout un fromage, c'est n'importe quoi. Il pense qu'il suffit de casser du sucre sur le dos de n'importe qui pour faire de bonnes confitures.

  
Langue de vipère, il est au supplice dès qu'il faut parler gentiment. Les yeux bandés en large croix de Saint-André, il ne peut pas voir la réalité en face. Sa vie est un cauchemar éveillé. Jamais il ne rencontre le regard des autres. Il leur tire la langue, plus pour se protéger que pour rester un enfant facétieux.
  Il a une araignée au plafond et un papillon sur l'épaule depuis qu'une mouche l'a piqué. Dans son sommeil, une copine des tsé-tsés s'est exercée avec impertinence au mauvais endroit, là où le cerveau fait preuve d'imagination. Depuis, ses mille et une nuits ont le rêve débridé, ses séances de gymnastique un air de kamasutra. Faire la vie l'épuise avant de commencer, mais il ne peut se retenir de la mener en brûlant la chandelle par les deux bouts.
  


Exposition Papiers Collés
Février 2012
Galerie Cabinet noir
Texte Philippe RENAUD
www.cabinet-noir.com
Illustrations Michel LABLAIS


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