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Par Frederyck Legrandoix le 01/02/2010 | Réagir | Envoyer | Imprimer | Nous avons tous des fantasmes, pas vous ?
Souvenir, rêve ou fantasme ?
Après la publication, dans Sub Yu N°9, de l’article « Les soirées des Fils de Sérapion », nous avons reçu comme un écho le commentaire suivant...
Passer de l'idée à la réalité, quoi de plus tentant et c'est ce que nous avons réalisé "Elle" et moi il y a maintenant, environ trente ans, sans penser que ce pourrait être l'objet d'écrits ultérieurs.

A l'époque il n'y avait que le Minitel "rose" comme moyen d'évasion : "recherche complicité et plus si affinités..." et d'échange en échange malgré la rusticité du terminal connecté au réseau, nous en arrivâmes à nous communiquer nos numéros de téléphone.

De conversations en conversations, des plus sérieuses devenues peu à peu plus érotiques, nous finîmes par partager les mêmes désirs pour en arriver à ce pari insensé: se retrouver et vivre jusqu'au bout cette passion, partagée d'abord sans se voir pour déguster jusqu'à la dernière goutte les plaisirs d'une rencontre inédite.

Réservation TGV pour Lyon, taxi, puis arrivée à l'hôtel convenu. J'avertis l'accueil d'une visite à 21h et leur demandai de bien vouloir indiquer à ma complice qu'elle pouvait sans plus attendre rejoindre directement la chambre (nom convenu et nuitée payée en espèces, fiche de renseignements avec nom bidon).

Une fois dans la chambre je commençais les préparatifs. J'avais apporté, au cas où, des punaises pour bien fixer les rideaux et obtenir le noir complet. Tout était presque prêt, l'heure du rendez-vous approchait à grand pas.
Je débloquai l'ouverture de la porte de la chambre avec une carte plastique utilisée dans une grande surface : elle n'aurait qu'à pousser la porte, refermer, puis franchir le corridor et ouvrir une nouvelle porte pour entrer dans la chambre...

J'étais, comme nous en avions convenu, nu dans le lit, dans le noir et le silence le plus absolu. A l'heure dite, j'entendis frapper, puis la porte d'entrée s'ouvrir lentement, suivi du claquement sec de la fermeture. La deuxième porte s'ouvrit avec le bruissement d'un ciré et les bruits de ses pas. Il pleuvait des cordes dehors.

Une douce voix familière "tu es là ?.." à la fois inquiète et sans doute excitée à l'idée de vivre ce fantasme...

Joueur, je choisis de prendre une grosse voix rauque et commençai à répondre mais ne pus aller plus avant et éclatai de rire ! Ma supercherie d'un instant était éventée, suivie de son doux rire. La tension initiale venait de perdre une manche. S'en suivit le bruit du ciré tombant par terre, le zip d'une jupe qui elle aussi rejoignit le sol, et le chuchotement de chacun des sous-vêtements ôtés, ou dégrafés. Puis un silence, des mains qui tâtent le pied du lit, qui longent le corps sous le drap pour commencer une lente découverte et rejoindre mon visage. Mes dix doigts eux aussi avaient entamé cette phase de découverte exploration de l'autre, cette quasi-inconnue nue contre moi à la peau chaude et satinée. D'abord ses mains, son cou, elle avait aussi de longs cheveux soyeux avec lesquels j'aimais jouer, et puis son visage...Comment imaginer un visage seulement avec ses doigts. Glisser sur son front, l'arête de son nez mutin, pour arriver à ses lèvres chaudes, douces et enfin, après ce qui me semble toujours une éternité, un premier baiser.

Quelles sensations, quelle bouche gourmande, brûlante et douce à la fois, l'ivresse était partagée mais comme convenu nous prîmes le temps de nous découvrir l'un et l'autre longuement. Bien qu'étant devenus deux êtres de désirs et de tendresse partagés, nous choisîmes d'en vivre un maximum jusqu'aux soubresauts ultimes de nos plaisirs réciproques, renouvelés plus tard au cours de cette nuit inoubliable, jusqu'à l'épuisement des corps.

Trente ans après, malgré le poids des ans sur la mémoire, je revis encore ces moments merveilleux. Je revois encore cet instant fabuleux où d'un commun accord on décide d'appuyer sur le bouton qui donne la lumière et que les yeux découvrent enfin cet autre, juste en face de vous... Quel suspense !!

Et quelle Dame merveilleuse, sensuelle, au regard bleu-vert profond où l'on veut plonger à s'y perdre. Un sourire enivrant ouvrant sur des dents si blanches qui suffisait à lui seul à donner envie de redécouvrir encore et encore cette bouche fruitée et si magique à la fois. Que c'était bon !

Je ne puis que remercier cette fée sublime, des heures passées dans ses bras, dans son corps. Nous nous revîmes à plusieurs reprises et chaque fois fut comme une pause paradisiaque dans un univers mouvementé, où rares sont de tels moments. Il y aurait beaucoup à dire sur cette rencontre, et si elle avait été tout autre, et si... et si... et si ...

Notre complicité s'est évanouie peu à peu avec le temps, les distances, et la vie professionnelle de chacun. Elle était depuis peu seule avec quatre enfants et recherchait quelqu'un de stable. Je parcourais l'Europe de long en large, travail oblige, mais n'avais pas non plus l'idée de poser mes valises aussi tôt.

Une certitude demeure, au-delà de cette attirance née de la voix de l'autre et des mots échangés, le partage des sensations physiques et d'un profond plaisir, tout en étant privés d'images, ouvre la porte d'une autre dimension faite de beaucoup plus d'attention, et d'écoute de l'autre. Alors quelque part je me juge quelque peu « beaucoup salopard » d'avoir fui cette magnifique et passionnante Dame qui restera à jamais gravée en moi, malgré tout le temps qui passe.

Je la remercie encore de sa grandeur, de sa compréhension et l'embrasse très tendrement...
Texte Frederyck LEGRANDOIX
Photo Thierry VASSEUR


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